OIGNON DE ROSCOFF
En 1647 Frère Cyril, un moine
capucin, sème les premières graines dans les jardins du couvent à son retour de
Lisbonne. A cette époque, la ville de Roscoff a une activité essentiellement
liée au commerce maritime, fondée sur l’exportation de sel provenant
du
Sud de la Bretagne et de toiles de lin fabriquées dans la région. Les légumes
cultivés dans les jardins potagers, servent uniquement au ravitaillement des
marins. Les oignons constituent un aliment essentiel, car ils permettent de
prémunir contre le scorbut, grâce à la richesse en vitamine C.
Très vite remarqué pour ses qualités gustatives et sa très longue conservation, la culture de l'oignon de Roscoff se développe rapidement dans les environs du port. Au 18ème Siècle, avec le déclin du commerce de la toile, les paysans se tournent vers la culture de l'oignon et d'autres légumes sur Roscoff et les communes avoisinantes.
Au 19ème siècle, la notoriété de l'Oignon de Roscoff se développe. En 1828, Henri Ollivier, un jeune paysan de Roscoff, tente l'aventure d'aller vendre ses oignons en Angleterre. Il en revient les cales vides et les poches bien remplies. Le phénomène "Johnny", débute. C'est le surnom donné par les britanniques aux paysans de Roscoff et de sa région soit petit Jean du nom du compagnon de Robin des bois qui signifie en anglais "jeune jean" et non petit. Les vendeurs sont pour la plus part d'entre eux fort jeunes. Chaque année plus nombreux, les Johnnies s’expatrient dès la fin juillet après le pardon de Sainte Barbe pour aller vendre leurs oignons au porte à porte dans toute la Grande Bretagne, à pied tout d’abord puis à vélo à partir des années 1920. Le métier est difficile mais heureusement rentable. Le phénomène connait son apogée dans les années 1920 avec 9000 tonnes vendues outre Manche par près de 1400 Johnnies.
La crise économique des années
1930, la deuxième guerre mondiale, la dévaluation de la livre et le
protectionnisme anglais conduisent au
déclin des ventes outre Manche. Cependant il reste encore aujourd'hui une
quinzaine de Johnnies qui font
perdurer la tradition. Ils s'organisent pour tenter d'obtenir un AOC.
Le Décret n° 2009-1268 du 19 octobre 2009 prévoit l'appellation d'origine contrôlée «Oignon de Roscoff» et la publication du cahier des charges ci dessous.
La côte nord-finistérienne bénéficie d’un climat tempéré océanique doux, grâce au courant marin du Gulf-Stream. Les écarts de températures diurne/nocturne et hiver/été sont faibles et les pluies sont régulières tout au long de l'année. Les sols sont profonds et très fertiles. Toutes ces conditions sont très favorables à la culture de l’oignon de Roscoff.
Pour garantir une longue conservation naturelle et l'intensité de la saveur des oignons, les producteurs procèdent au soulevage de leurs cultures rapidement après la tombée du feuillage. Un pré-séchage est réalisé au champ. L'oignon est ensuite rapidement ramassé pour être entreposé sous abri dans un milieu sec et aéré. L'Oignon de Roscoff est très fragile. Après séchage, chaque oignon est trié et conditionné manuellement pour préserver sa qualité et mettre en valeur sa typicité garanti par le tressage de l'oignon et l'ébarbage soit l'action d'ôter les racines pour assurer une conservation naturelle du produit jusqu'au printemps.
Sa
peau est rosée à cuivrée en externe et ses écailles internes présentent un
liseré rosé. Par conséquent, il est aussi appelé Oignon rosé de Roscoff.
Cru, son odeur est fruitée, sa texture est croquante et très juteuse ; ses arômes sont intenses et complexes. Son goût sucré et peu piquant permet son utilisation en salades.
Cuit, l’oignon perd de sa force mais développe son goût sucré et fruité. La texture devient fondante. Il constitue un ingrédient de choix et devient vite indispensable pour la confection de soupes, sauces, poêlées ou potées. Il cuit très rapidement et permet une cuisine facile.
L'oignon de Roscoff dispose de nombreuses qualités thérapeutiques. Consommé cru, il est antiseptique. .Il participe à la lutte contre les troubles cardiovasculaires et respiratoires grâce à la quercétine ou quercétol. Les effets anti-oxydants et anti-inflammatoires de la quercétol ont été prouvés in vivo. Il aide également contre l’ostéoporose et le diabète.
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DES RECETTES DE RESTAURATEURS DE ROSCOFF
Tarte à l’Oignon de Roscoff et au lard (J.Y. Crenn Restaurant « Le Temps de Vivre » à Roscoff)
· Tarte en pâte brisée

· 60 g de lardons fumés
· 200g d’Oignons de Roscoff confits
· Crème
· Lait
· 2 œufs
· Beurre, sel, poivre, muscade.
Laissez cuire un fond de tarte en pâte brisée. Faite revenir au beurre 60 g de lardons fumés. Ajoutez les à 200 g d’Oignons de Roscoff confits.
Mélangez à 15 cl de crème épaisse, 15 cl de lait, 2 œufs entiers, sel, poivre et muscade. Garnissez le fond de tarte avec le tout. Laissez cuire environ 20 mn à 160°.
Allégé d'Oignons de Roscoff et petits rougets grillés (Loïc LE BAIL - Restaurant Le Yachtman / Roscoff)
·
8 oignons de Roscoff
· 4 rougets de 300g
· 50 cl de crème
· 100 g de beurre
· 1 gousse d'ail.
· Thym
Découpez le chapeau de l'oignon et évidez la pulpe. Faites la revenir dans 100 gr de beurre avec l'ail et le thym. Mouillez à la crème. Laissez cuire pendant 30 min à feu doux. Assaisonnez. Mixez le tout et passer au chinois. Mettez la préparation dans une bombe à chantilly.
Chauffez une poêle avec une cuillère à soupe d'huile d'olive. Assaisonnez les filets. Saisissez les dans la poêle côté peau pendant 3 à 4 min. Egouttez. Dans une assiette, posez les filets de rougets. Ajoutez l'oignon évidé. Remplissez le avec l'allégé. Fermez avec le chapeau.
Oignons de Roscoff confits (J.Y. Crenn restaurant « Le Temps de Vivre » à Roscoff)
· 1kg d’Oignons de Roscoff

· 100g de beurre
· Laurier, thym
Emincez très finement 1 kg d’oignons épluchés. Faites fondre 100 g de beurre. Ajoutez les oignons, 1 feuille de laurier, 1 branche de thym. Laissez cuire doucement sans colorer pendant 30 mn
Quand les oignons sont tendres, ajoutez 2 cuillères à café de sucre, 2 de sel, 1 de poivre et 1 cuillère à soupe de vinaigre de vin. Cuisez jusqu’à l’obtention d’une couleur blonde.
Médaillons de lotte aux lardons et Oignons de Roscoff (Michel Quéré Restaurant « l'Ecume des jours » à Roscoff)
· 600 gr de filet de lotte coupé en médaillons.
· 300 gr d'oignons rosés coupés en fines lamelles.
· 160 gr de lardons, 1 verre de fumet de poisson.
· sel, poivre, 200 gr de beurre.
Saisissez la lotte deux minutes sur feu vif avec noix de beurre. Rajoutez les oignons de Roscoff et les lardons et cuire à découvert jusqu'à coloration, environ 2 à 3 minutes. Couvrez et continuez la cuisson environ 6 minutes. Ajoutez un verre de fumet de poisson et laissez réduire de moitié environ 3 minutes. Montez la sauce avec le reste du beurre. Ce plat peut être accompagné de pommes de terre cuites à la vapeur et parsemées de ciboulette pour rappeler le goût de l'oignon.
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CAHIER DES CHARGES DE L'APPELLATION D'ORIGINE CONTRÔLÉE OIGNON DE ROSCOFF
1. Le demandeur
Syndicat de défense de l'« Oignon de Roscoff », chambre d'agriculture, Kergompez,
BP 90, 29250 Saint-Pol-de-Léon (téléphone : [33] 02-98-69-17-46, télécopie :
[33] 02-98-29-07-16), courriel : aoc.oignonderoscoff@finistere.chambagri.fr.
Composition : le syndicat est organisé en collèges regroupant les producteurs et
les opérateurs chargés du conditionnement et de la mise en marché.
2. Nom du produit « Oignon de Roscoff ».
3. Type de produit Classe 1.6. Fruits, légumes et céréales en l'état ou transformés.
4. Description du produit
L'« Oignon de Roscoff » désigne un oignon de garde (Allium cepa, famille des
liliacées).
L'« Oignon de Roscoff » est caractérisé par les éléments suivants :
Les tuniques externes des bulbes sont sèches, elles présentent une couleur rosée
à rosé cuivré, les écailles internes sont blanches à faiblement rosées et
présentent une bordure rosée.
C'est un oignon d'un calibre compris entre 30 et 80 millimètres de diamètre, de
forme allant du rond allongé au rond aplati. Sa queue est solidement fixée au
bulbe par le collet et mesure au moins 5 centimètres.
L'« Oignon de Roscoff » est doté d'une bonne capacité de dormance, il se
conserve naturellement, sans traitement anti-germinatif.
Les oignons ne peuvent plus être mis en circulation sous l'appellation d'origine
« Oignon de Roscoff » après le 1er mai de l'année qui suit l'année de la
récolte.
Il présente les caractéristiques organoleptiques suivantes : cru, il développe
un bouquet riche et complexe dominé par des arômes fruités. En bouche, sa
texture est juteuse et croquante, ses saveurs sont fruitées et sucrées, le
caractère piquant est peu accentué. Après cuisson, la texture devient fondante
et le piquant s'estompe au profit de la saveur sucrée.
5. Délimitation de l'aire géographique
5.1. Aire géographique
Toutes les étapes de la production de l'« Oignon de Roscoff », depuis
l'obtention des semences et des plants, la mise en culture, le séchage et le
stockage des bulbes, la préparation manuelle de chaque oignon et le
conditionnement doivent avoir lieu dans l'aire géographique.
L'aire géographique de l'« Oignon de Roscoff » est constituée par le territoire
des communes suivantes du département du Finistère :
Communes retenues en totalité
Brignogan, Cléder, Goulven, Ile-de-Batz, Kerlouan, Lanhouarneau, Mespaul, Plouénan, Plouescat, Plougoulm, Plounéour-Tréz, Plounévez-Lochrist, Plouzévédé, Roscoff, Saint-Pol-de-Léon, Saint-Vougay, Santec, Sibiril, Tréflaouénan, Tréflez, Trézilidé.
Communes retenues en partie
Plougar (sections A1 en partie, D 1 en partie, D 2 en partie), Plouider
(sections A2, AA, AB, AC, C2), Plouvorn (sections A1, A2 en partie, A3, F1 en
partie, G en partie).
Pour les communes retenues en partie, les plans cadastraux figurant l'aire
géographique de l'« Oignon de Roscoff » telle qu'approuvée par le comité
national en charge des produits agroalimentaires en sa séance du 8 juillet 2009
sont déposés dans les mairies des communes concernées.
L'aire géographique de l'« Oignon de Roscoff » s'inscrit dans la zone légumière
du haut Léon, au nord du département du Finistère, entre Kerlouan à l'ouest et
Saint-Pol-de-Léon à l'est, le long du littoral de la Manche. Elle est implantée
sur un plateau inclinée vers la mer et s'étend à une dizaine de kilomètres vers
l'intérieur des terres, ce qui correspond à une altitude d'environ 100 mètres.
Elle bénéficie d'un climat océanique très tempéré particulièrement marqué par la
régularité des précipitations et la faiblesse des amplitudes thermiques tout au
long de l'année. Les sols de l'aire géographique présentent généralement d'épais
recouvrements limoneux caractéristiques du littoral du nord de la Bretagne. Ces
facteurs naturels très favorables sont à l'origine de systèmes agraires voués
quasi exclusivement aux cultures légumières de plein champ. Par conséquent, le
paysage de l'aire géographique est fortement marqué par l'omniprésence des
légumes et par une organisation du foncier tout à fait originale. Les cultures
d'oignon s'y sont développées depuis fort longtemps, d'abord destinées aux
navires faisant escale dans le port de Roscoff, puis exportées en grande partie
vers la Grande-Bretagne par les « Johnnies ». Malgré les crises économiques, le
savoir-faire propre à la culture de l'« Oignon de Roscoff » s'est maintenu
jusqu'à nos jours dans cette aire géographique.
5.2. Identification parcellaire
Pour bénéficier de l'appellation d'origine « Oignon de Roscoff », les oignons
sont récoltés dans des parcelles identifiées. L'identification des parcelles est
effectuée sur la base de critères relatifs à leur lieu d'implantation fixés par
le comité national en charge des produits agroalimentaires de l'Institut
national de l'origine et de la qualité (INAO) en sa séance du 29 février 2008,
après avis de la commission d'experts désignée à cet effet.
Tout producteur désirant faire identifier une parcelle en effectue la demande
auprès des services de l'INAO avant le 1er novembre de l'année qui précède
l'année de sa première mise en culture réalisée en vue de produire de l'« Oignon
de Roscoff » et s'engage à respecter les critères relatifs à leur lieu
d'implantation. Ces demandes sont établies selon un modèle validé par le
directeur de l'INAO.
La demande est enregistrée par les services de l'INAO. L'enregistrement vaut
identification de la parcelle tant qu'il n'est pas constaté de non-respect de
l'engagement du producteur.
Toute parcelle pour laquelle l'engagement visé ci-dessus n'est pas respecté est
retirée de la liste des parcelles identifiées par les services de l'INAO après
avis de la commission d'experts.
Les critères d'identification parcellaire et la liste des parcelles identifiées
sont consultables auprès des services de l'INAO et du groupement.
6. Eléments prouvant que le produit est originaire de l'aire géographique
6.1. Identification des opérateurs
Les opérateurs intervenant dans les conditions de production de l'appellation
d'origine « Oignon de Roscoff » doivent être identifiés par le groupement et
être habilités par les structures de contrôle.
Ils doivent adresser au groupement une déclaration d'identification selon un
modèle validé par le directeur de l'INAO.
Pour les producteurs de semences de plants ou de bulbilles, les déclarations
d'identification sont effectuées avant le 1er novembre de l'année qui précède la
première production de semences, de plants ou de bulbilles.
Pour les producteurs d'oignons, les déclarations d'identification sont
effectuées avant le 1er novembre de l'année qui précède la première mise en
culture.
Pour les unités de stockage, de tri, de nettoyage manuel et de conditionnement
des oignons, les déclarations d'identification sont effectuées avant le 1er mai
de la première année de revendication de l'appellation d'origine.
6.2. Traçabilité des produits
A. ― Tenue des registres
Les opérateurs doivent tenir à disposition des structures de contrôle tous les documents destinés à vérifier les éléments suivants :
Tenue des registres de production de semences
Le registre de production prévoit l'enregistrement des données suivantes :
― les références cadastrales et les surfaces des parcelles de production de
semences d'« Oignons de Roscoff » ;
― le plan de la rotation des cultures des deux années précédentes ;
― les résultats d'analyse des sols (la durée de conservation de ces analyses est
fixée à dix ans) ;
― le plan de fumure ;
― les dates et densités de plantation des porte-graines ;
― les volumes de semences récoltées en kilogrammes.
Tenue des registres de production de plants ou de bulbilles
Le registre de production prévoit l'enregistrement des données suivantes :
Pour les plants de mottes :
― le nom de la variété ;
― les références cadastrales du lieu de production des mottes ;
― le nombre de plants de mottes produits ;
Pour les bulbilles :
― le nom de la variété ;
― les références cadastrales et les surfaces des parcelles de production ;
― le plan de la rotation des cultures des deux années précédentes ;
― les résultats d'analyse de sol (la durée de conservation de ces analyses est
fixée à dix ans) ;
― le plan de fumure ;
― la date de semis ;
― les volumes de bulbilles récoltées en kilogrammes par calibre.
Tenue du registre de production d'oignons
Le registre de production prévoit l'enregistrement des données suivantes :
― le nom de la variété ;
― les références cadastrales et la surface des parcelles de production des
oignons ;
― la rotation des cultures aux cours des deux années précédentes ;
― le plan de fumure ;
― les résultats d'analyse des sols (la durée de conservation de ces analyses est
fixée à dix ans) ;
― les dates de semis ou de plantation ;
― les calibres employés pour les plantations de bulbilles (conservation des
factures) ;
― les dates de soulevage ;
― les volumes récoltés par parcelle en tonnes.
Tenue du registre de stockage et de conditionnement des oignons
Le registre des conditionneurs prévoit l'enregistrement de données suivantes :
― les volumes réceptionnés en tonnes, les références cadastrales de la parcelle
récoltée ;
― les types de conditionnement et les volumes commercialisés en tonnes ;
― les conditions de stockage et de conservation des produits (silo ou
caisses-palettes) ainsi qu'un plan définissant l'organisation du stockage et la
séparation des oignons destinés à l'appellation d'origine des autres oignons ;
― les volumes commercialisés par type de conditionnement en tonnes.
B. ― Déclarations annuelles
Les opérateurs doivent également adresser au groupement des déclarations
annuelles selon un modèle validé par le directeur de l'INAO.
Pour les producteurs de semences, de plants ou de bulbilles :
― une déclaration annuelle d'intention de production de semences, de plants ou
de bulbilles effectuée avant le 1er novembre de l'année de cette production,
précisant l'origine et la quantité des oignons porte-graines ou des graines qui
seront mis en œuvre ;
― une déclaration annuelle de production effectuée avant le 1er mai de l'année
suivant celle de production, précisant la quantité de semences, de plants ou de
bulbilles produits et leur destination.
Pour les producteurs d'oignons :
― une déclaration annuelle d'ensemencement ou de mise en culture, effectuée
avant le 1er mai de l'année de récolte, précisant la liste des parcelles
concernées, l'origine des semences, plants ou bulbilles implantés et la densité
de plantation ;
― une déclaration annuelle de récolte effectuée avant le 1er novembre de l'année
de cette récolte, précisant la localisation des parcelles, la date de soulevage
et le volume récolté par parcelle.
Pour les unités de stockage, de tri, de nettoyage manuel et de conditionnement :
― une déclaration de début de mise en circulation des oignons d'appellation
d'origine. Celle-ci doit parvenir au groupement huit jours avant la date prévue
de commercialisation ;
― une déclaration annuelle de production, effectuée avant le 1er mai de l'année
suivant la récolte, précisant l'origine et la quantité des oignons réceptionnés,
les volumes expédiés et les types de conditionnement mis en œuvre.
6.3. Contrôle produits
Par sondage, il est procédé à des prélèvements d'échantillons représentatifs au
sein des lots d'« Oignons de Roscoff » conditionnés. Ces échantillons sont
soumis à divers examens.
Les caractéristiques organoleptiques et l'appartenance au type de l'« Oignon de
Roscoff » sont vérifiées par :
― un examen visuel de la forme et de l'intégrité des bulbes, du calibre, de la
couleur des écailles externes et de la coloration des tuniques internes ;
― un examen tactile de leur fermeté et une vérification de la tenue de la queue.
Par sondage, il est procédé à des dégustations afin de permettre d'apprécier les
caractéristiques organoleptiques des oignons.
7. Description de la méthode d'obtention du produit
7.1. Choix des parcelles
Les parcelles destinées à la production de semences ou de bulbilles et à la mise
en culture de l'« Oignon de Roscoff » ne doivent pas avoir porté de culture
d'allium (oignon, poireau, échalote ou ail) durant les deux années précédant
leur mise en culture.
Une analyse de sol doit présenter un pH du sol supérieur ou égal à 6,5.
7.2. Obtention des semences
Les semences destinées à la production d'« Oignons de Roscoff » sont issues des
variétés Jack et Keravel ou sont produites par l'agriculteur pour les besoins de
son exploitation.
La production des semences chez l'agriculteur pour les besoins de son
exploitation est restreinte aux variétés du domaine public ainsi qu'aux variétés
de populations répondant au type variétal défini.
7.3. Définition du type variétal
Le type variétal de l'« Oignon de Roscoff » est défini par les caractéristiques
du produit telles que définis au point 4 du présent cahier des charges complété
des éléments suivants :
― feuillage vert bleuâtre, de longueur moyenne et de port semi-dressé ;
― époque de maturité moyenne à longue, adaptée aux conditions naturelles de
l'aire géographique ;
― taux de matière sèche du bulbe compris entre 9 et 13 %.
7.4. Mode de culture des porte-graines
La densité de plantation maximum des portes-graines est fixée à 15 bulbes au
mètre carré.
Pour la fertilisation des parcelles, l'apport de lisier est interdit.
En cas de présence d'oignons porte-graines de variété différente ou de repousses
de l'année précédente dans un rayon de 500 mètres autour du lieu de production
grainière, le producteur doit protéger les porte-graines à l'aide d'un filet
anti-insectes.
La date de plantation des porte-graines est comprise entre le 10 mars et le 10
avril.
La récolte des semences démarre lorsque les graines commencent à tomber.
Le séchage des pompons s'effectue soit en pallox ventilé, soit étalés en fine
couche sur une bâche.
7.5. Obtention des bulbilles
Les bulbilles sont obtenues par un semis à forte densité l'année précédant la
production d'« Oignons de Roscoff ». Pour la fertilisation des parcelles,
l'apport de lisier est interdit.
Le semis doit être réalisé avant le 10 mai.
7.6. Mise en place des cultures
Les techniques autorisées pour la plantation des cultures sont :
― le repiquage de semis réalisés en planches ;
― la plantation d'oignons ensemencés en mottes ;
― la plantation de bulbilles ;
― le semis direct.
Les bulbilles destinées à la culture d'« Oignons de Roscoff » sont d'un calibre
inférieur ou égal à 21 mm.
La densité de peuplement des cultures doit être comprise entre 40 et 80 oignons
par mètre carré.
7.7. Conduite des cultures
Pour la fertilisation des cultures d'« Oignons de Roscoff », l'apport de lisier
est interdit.
Dans le cas d'un bâchage après semis, la bâche doit être retirée au plus tard au
stade « 3 feuilles ».
Dans le cas d'une mise en place des cultures par repiquage ou plantation, un
arrosage est autorisé pendant les dix jours qui suivent l'implantation des
plants.
L'irrigation des cultures est interdite, sauf dérogation accordée par les
services de l'INAO, sur demande du groupement demandeur, en cas de conditions
climatiques exceptionnelles ou d'attaque par le Sclérotium cepivorum. Dans tous
les cas, l'irrigation est strictement interdite à partir du stade « début
tombaison ».
L'effeuillage avant récolte est interdit.
L'application de tout traitement inhibiteur de germination est interdite, à tous
les stades de la production de l'« Oignon de Roscoff ».
7.8. Récolte
Le soulevage consiste à couper les racines. Il intervient au plus tard le 25
août. Il est effectué après la « tombaison » mais avant que les deux tiers des
fanes ne soient sèches. Les bulbes doivent disposer à ce stade d'au moins deux
feuilles vertes en moyenne. Le stade « tombaison » correspond au ramollissement
du collet qui précède le déssèchement progressif des feuilles.
La hauteur de chute de l'« Oignon de Roscoff », pendant toutes les manipulations
allant de la récolte au conditionnement, est inférieure ou égale à un mètre.
Le rendement moyen des parcelles de l'« Oignon de Roscoff » ne peut dépasser 50
tonnes par hectare.
7.9. Conservation
L'« Oignon de Roscoff » doit être conservé à l'abri de la pluie.
Le stockage peut être effectué en caisses-palettes ou en silos ventilés.
Les autres oignons sont séparés physiquement des « Oignons de Roscoff ».
7.10. Préparation manuelle
Après séchage, chaque oignon fait l'objet d'une préparation manuelle consistant en un ébarbage pour retirer les racines et/ou en un tressage.
7.11. Conditionnement des produits
L'« Oignon de Roscoff » est présenté à la consommation sous les formes suivantes
:
― en tresse avec un oignon terminal dit « penn kapiten » et un rangement pour
les autres oignons par ordre de taille croissante ;
― ou en contenant d'un poids maximum de 6 kg muni d'un système de fermeture
inviolable.
La présentation à la consommation est interdite en vrac.
8. Eléments justifiant le lien avec l'origine
8.1. Spécificité de l'aire géographique
L'aire géographique de l'« Oignon de Roscoff » présente des caractéristiques particulières, tant sur le plan des éléments du milieu physique que sur le plan des facteurs humains. Les producteurs légumiers de cette région ont su développer un savoir-faire de production spécifique qui s'est transmis de génération en génération jusqu'à nos jours.
A. ― Les facteurs naturels
La ville portuaire de Roscoff se trouve au nord-ouest de la Bretagne, sur la
côte nord du département du Finistère, à environ 60 km de Brest, dans la
province historique du Léon.
La zone légumière du haut Léon est implantée sur un vaste plateau faiblement
incliné vers la mer, entaillé de nombreuses petites rivières qui rejoignent la
côte. L'aire géographique de l'« Oignon de Roscoff » couvre une trentaine de
kilomètres d'est en ouest sur la frange littorale de ce plateau. Elle est
limitée à l'ouest par la vallée du Quillimadec et à l'est par le profond aber de
la rivière Penzé. La limite sud de l'aire géographique coïncide
approximativement avec l'altitude 100 m, ce qui réduit son extension à un peu
plus de 10 km vers l'intérieur des terres.
Le littoral nord-breton bénéficie de conditions climatiques très particulières,
fortement influencées par sa situation en bord de Manche. Les précipitations
sont modérées et bien réparties tout au long de l'année. Les pluies fines sont
relativement fréquentes au printemps et jusqu'en été, alors que les fortes
averses orageuses sont rares. Les températures sont exceptionnellement douces
l'hiver, les gelées peu fréquentes, et la chaleur demeure très modérée l'été.
Les amplitudes thermiques été/hiver comme diurne/nocturne sont de ce fait les
plus faibles de toute la France métropolitaine. Cette situation littorale
s'accompagne d'un régime de vents réguliers sensibles toute l'année.
L'ensemble de la région repose sur un socle cristallin constitué de granites du
Primaire accompagnés de roches métamorphiques, principalement des gneiss et des
micaschistes. Mais la principale particularité des terrains du littoral
nord-breton réside dans la présence de limons éoliens, arrachés aux fonds
exondés de la Manche lors de la dernière glaciation, qui recouvrent le socle sur
une épaisseur souvent supérieure au mètre. Ces limons sont à l'origine de sols
meubles et profonds, relativement fertiles, à forte capacité de rétention en
eau, dotés d'une aptitude à se ressuyer satisfaisante lorsque la configuration
topographique du terrain favorise son drainage naturel.
Ces caractéristiques du milieu physique, fortement corrélées à la situation
géographique de Roscoff et de ses environs immédiats, distinguent nettement
l'aire de l'« Oignon de Roscoff » des terres situées plus au sud. En s'éloignant
de la côte, le climat se dégrade rapidement. Les précipitations se font plus
irrégulières, avec une fréquence accrue des forts épisodes pluvieux. Les gelées
sont plus fréquentes et se produisent de plus en plus tardivement au printemps,
tandis que la chaleur s'accroît l'été. Parallèlement, l'épaisseur des dépôts
limoneux éoliens du Quaternaire se réduit progressivement. Vers l'intérieur des
terres, les sols granitiques acides, peu fertiles, caillouteux et dotés d'une
réserve en eau fortement limitée apparaissent de plus en plus fréquemment.
B. ― Les systèmes agraires
L'agriculture de la région de Roscoff est consacrée depuis fort longtemps aux
cultures légumières de plein champ, vocation qui lui a valu autrefois la
dénomination de « ceinture dorée ». Le système agraire local est caractérisé par
des exploitations petites et nombreuses, pour la plupart spécialisées depuis
plusieurs générations dans la production exclusive de légumes, avec une grande
diversité de production et des systèmes d'assolement privilégiant les
choux-fleurs, les artichauts, les échalotes, les oignons, etc.
Ce système agraire fortement spécialisé est à l'origine d'une concentration
importante de compétences liées aux productions légumières dans l'aire de l'«
Oignon de Roscoff » : producteurs de semences et de plants, fournisseurs
d'intrants divers, spécialistes du machinisme agricole, conseillers techniques,
conditionneurs et expéditeurs de légumes, etc. Cet environnement professionnel
témoigne du maintien d'un savoir-faire localisé, maître de son sujet et
parfaitement adapté aux exigences du milieu naturel. Il constitue en quelque
sorte le terreau sur lequel la production de l'« Oignon de Roscoff » a pu
s'épanouir historiquement et se maintenir jusqu'à nos jours.
Cette orientation légumière se traduit de façon chiffrée dans les données
statistiques quantitatives des recensements généraux agricoles recueillis par
l'INSEE, notamment au regard de la forte proportion des exploitations
productrices de légumes et de la part prépondérante des cultures de légumes
frais dans la surface agricole utile des territoires de l'aire.
L'aire géographique de l'« Oignon de Roscoff » coïncide d'ailleurs quasi
parfaitement avec l'ouest de la zone « Littoral breton nord », établie depuis
1956 par l'INSEE et le ministère de l'agriculture dans leur « Nomenclature et
code des régions agricoles de la France », zone caractérisée par la prédominance
des cultures légumières, des exploitations de petite taille, une potentialité
élevée des terrains et un prix des terres très supérieur à la moyenne régionale.
La vocation légumière des territoires retenus dans l'aire géographique de l'«
Oignon de Roscoff » permet ainsi de la distinguer nettement par rapport aux
secteurs environnants, notamment ceux situés plus au sud et davantage voués à
l'élevage ou aux grandes cultures, en ayant recours à l'observation des
paysages. La tradition légumière transparaît en effet au travers de
l'omniprésence des cultures de légumes de plein champ, du bâti agricole, et,
même dans les secteurs de déprise, de l'organisation du foncier agricole, avec
un parcellaire très morcelé souvent aménagé en enclos ceints de murets ou de
talus enherbés caractéristiques.
C. ― Les usages de production de l'« Oignon de Roscoff »
L'implantation géographique et l'importance de la culture de l'oignon rosé ont
évolué considérablement au cours du temps.
Limitée aux communes de Roscoff et de l'Ile-de-Batz au xviie siècle, elle s'est
étendue progressivement au cours du xviiie siècle à quelques communes
littorales, profitant notamment du déclin de la production du lin. La
progression géographique des surfaces mises en cultures d'oignons s'est
poursuivie au xixe siècle, mais n'a réellement pris de l'ampleur qu'après 1860,
avec le développement du commerce transmanche avec la Grande-Bretagne, puis avec
la construction de la ligne de chemin de fer Paris―Brest qui a désenclavé la
région. Au début du xxe siècle, avec la spécialisation des exploitations, la
production a poursuivi sa croissance et s'est implantée dans de nouvelles
communes, faute de possibilité d'agrandissement des exploitations dans la zone
légumière. L'âge d'or de la culture de l'oignon rosé a été atteint dans les
années 1960-1970 : la production couvrait alors près de 800 ha sur le territoire
d'une soixantaine de communes du Léon.
Mais, après cette longue période d'expansion et de prospérité économique, la
production d'oignons a décliné brutalement dans le Léon dans les dernières
décennies du xxe siècle. Les causes de cette récession étaient multiples. En
premier lieu, les difficultés économiques étaient liées à l'apparition d'une
nouvelle concurrence sur le marché de l'oignon. Avec la création de nouvelles
variétés hybrides aux rendements importants, l'emploi de produits
antigerminatifs, les progrès de la mécanisation et le développement de nouvelles
techniques culturales, de nouveaux bassins de production étaient apparus : nord
de la France, Espagne et Pays-Bas. Or, les coûts de production de l'« Oignon de
Roscoff » étaient élevés, notamment en raison des besoins de main-d'œuvre, que
ce soit pour le repiquage des plants, le tri et le tressage manuel des oignons,
et même la commercialisation, souvent effectuée au porte-à-porte à cette époque.
L'« Oignon de Roscoff » n'était donc plus concurrentiel vis-à-vis des oignons
jaunes de type « hollandais ».
Dans ce contexte de crise, les exploitations légumières les moins attachées à
l'oignon se sont réorientées vers la culture de l'échalote, plus rémunératrice.
Dans les zones mixtes où se côtoyaient élevage et productions légumières, les
exploitants ont abandonné cette spéculation pour se spécialiser dans l'élevage.
En outre, à partir de 1970, la baisse des prix avait conduit au développement du
semis direct. Or cette technique, plus exigeante sur le plan
agronomique,
imposait d'implanter les oignons dans les secteurs les plus favorables sur le
plan des facteurs naturels, et nécessitait une plus grande maîtrise technique de
la part des producteurs.
En conséquence, la production d'oignons rosés a décliné rapidement, surtout dans
les communes éloignées de Roscoff, pour se recentrer autour de son berceau
d'origine, lequel conjuguait la présence d'un climat particulièrement favorable,
de sols bien adaptés et d'une grande densité d'exploitations légumières
spécialisées depuis plusieurs générations. A la fin du xxe siècle, cette culture
ne couvrait plus qu'une soixantaine d'hectares, sur le territoire de moins de 25
communes des environs de Roscoff.
Au cours de la dernière décennie, l'attachement des habitants de Roscoff et de
sa région, le regain d'intérêt des consommateurs pour les produits de terroir et
la motivation des opérateurs restés dans la filière ont permis à la production
de l'« Oignon de Roscoff » de prendre un nouvel essor. Cette culture couvre
actuellement plus d'une centaine d'hectares et se développe.
Quoique d'une superficie relativement petite, l'aire géographique de l'« Oignon
de Roscoff » englobe la quasi-totalité des usages de production actuels,
exploitations ou ateliers engagés dans l'itinéraire technique de production.
Elle correspond également, de façon relativement précise, au territoire
traditionnel de production des oignons rosés, à la fois berceau originel de
cette production et zone où celle-ci s'est maintenue malgré les crises récentes.
Cet attachement au produit distingue sans conteste l'aire géographique de l'«
Oignon de Roscoff » des territoires environnants, lesquels ont pu porter des
cultures d'oignons au plus fort de l'expansion de cette culture, mais ne
présentent ni la même antériorité, ni la même constance dans ces usages.
8.2. Spécificité du produit
L'« Oignon de Roscoff » présente de nombreux caractères spécifiques qui le distinguent des autres oignons de sa catégorie. Ses qualités organoleptiques en font l'un des fleurons de la gastronomie bretonne, la dénomination « Oignon de Roscoff » ayant de ce fait, et depuis fort longtemps, acquis une renommée dans sa région, mais aussi hors de la Bretagne, notoriété qui dépasse même les frontières françaises.
A. ― Les caractéristiques du produit
L'une des principales qualités de l'« Oignon de Roscoff », probablement à
l'origine de son succès dès le xviie siècle, est sa capacité de conservation
naturelle. Roscoff est un port où de nombreux navires étaient affrétés ou
faisaient relâche. Reconnu pour ses qualités de conservation naturelle et sa
richesse en vitamine C, l'oignon rosé permettait de lutter contre le scorbut et
constituait un aliment de base pour les marins qui naviguaient plusieurs
semaines, voire plusieurs mois, sans escale. Cette capacité de dormance de l'«
Oignon de Roscoff » est également appréciée depuis fort longtemps par les
consommateurs, car elle limite les pertes au cours de la conservation. Ainsi,
aujourd'hui encore, l'« Oignon de Roscoff » ne bénéficie d'aucun traitement
inhibiteur de germination, contrairement à la plupart des oignons produits dans
les autres régions, qui sont désormais traités avec des produits à base
d'hydrazide maléique ou par ionisation.
L'« Oignon de Roscoff » possède également une identité visuelle propre, qui
suffit généralement à le distinguer au premier coup d'œil des autres oignons de
garde. Les oignons de couleur rosée ou rouge sont rares en France, le marché
étant largement dominé par les oignons jaunes, dont les rendements agronomiques
sont deux à trois fois supérieurs. L'« Oignon de Roscoff » est caractérisé par
sa taille moyenne (calibre compris entre 30 et 80 mm), sa forme ronde à ronde
aplatie, et surtout par sa couleur rosée à rosé cuivré, visible tant sur les
écailles externes que sur les bords des tuniques internes. Lorsqu'il est
présenté en tresse, il se transforme de surcroît en objet décoratif qui
s'affiche fièrement dans les cuisines.
Les caractéristiques organoleptiques de l'« Oignon de Roscoff » sont elles aussi
tout à fait spécifiques. Son identité a pu être établie grâce à de nombreuses
analyses sensorielles effectuées par les producteurs ou par des organismes
indépendants. Dans la grande majorité des cas, l'« Oignon de Roscoff » a été
distingué, en dégustation à l'aveugle, par rapport à d'autres variétés ou par
rapport à des oignons rosés et rouges provenant d'autres bassins de production.
Consommé cru, il se distingue significativement des autres oignons par son odeur
fruitée plutôt que végétale, sa texture juteuse et croquante mais quasiment
jamais fibreuse, la richesse de ses arômes et sa saveur sucrée persistante en
bouche, son piquant peu accentué. Lorsqu'il est cuit, l'« Oignon de Roscoff »
présente une texture fondante et son goût sucré ressort encore plus. Il présente
d'ailleurs la particularité de cuire relativement rapidement, ce qui facilite
son utilisation dans toutes sortes de recettes.
Ainsi, il peut tout autant être mangé cru dans une salade ou un plat de crudités
que cuit pour la confection de sauces et d'accompagnement. Les consommateurs
anglais l'ont adopté pour son caractère peu piquant, qui permet de l'apprécier
en
sandwich,
ainsi que pour sa saveur sucrée, particulièrement adaptée aux chutneys dont ils
sont friands. Il est omniprésent dans la gastronomie bretonne, sa douceur
s'alliant à merveille aux poissons comme à la charcuterie locale, et connaît
également un beau succès en garniture des galettes de blé noir.
B. ― La notoriété du produit
L'introduction de l'oignon rosé remonterait à l'année 1647, lorsque frère Cyril,
un moine capucin revenant de Lisbonne, sema les précieuses graines dans les
jardins du couvent de Roscoff. A l'époque, la ville avait une activité
essentiellement maritime, basée sur l'exportation de sel provenant du sud de la
Bretagne et de toiles de lin fabriquées dans la région. Très vite reconnu pour
ses qualités de conservation naturelle et sa richesse en vitamine C, la culture
de l'oignon s'est développée autour de Roscoff dans les jardins potagers, pour
servir au ravitaillement des marins, d'autant que sa saison de récolte
coïncidait avec la disponibilité de la main-d'œuvre locale, les marins étant
généralement à terre à la mi-août, entre deux campagnes de pêche, pour les fêtes
de l'Assomption.
Au xviiie siècle, avec le déclin du commerce de la toile, les cultures
légumières et d'oignon se sont développées en lieu et place du lin. Jacques
Cambry, alors commissaire des sciences et des arts, mentionne dans son ouvrage
Voyage dans le Finistère ou Etat de ce département en 1794 et 1795 (1799) la
présence d'oignons dans le Léon : « Roscoff ; le jardin de la Bretagne, fournit
des légumes au marché de Morlaix. Ses paysans cultivent la terre la plus riche,
la plus féconde ; elle produit une incroyable quantité de légumes de toutes
espèces qui naissent en plein champ : oignons, navets, panais, choux-fleurs,
asperges, artichauts ».
Ceci est confirmé un peu plus tard par Miorec de Kerdanet (Le Lycée armoricain,
1826) : « Dans les plaines riches et si fécondes de Tréflez, de Plouescat, de
Plounévez, de Cléder, de Sibiril et dans les vastes jardins de Saint-Pol et de
Roscoff (...) naissent tous les légumes : oignons, choux, navets, panais,
choux-fleurs, asperges, artichauts. »
Mais c'est véritablement au xixe siècle, avec l'activité des Johnnies, que la
notoriété de l'« Oignon de Roscoff » a pris de l'ampleur et une dimension
internationale. L'histoire retient qu'en 1828 un paysan de vingt ans, Henri
Ollivier, décida de charger une gabarre d'oignons et d'aller les vendre en
Angleterre. Il en revint les cales vides et les poches bien remplies. Comme la
Grande-Bretagne ne produisait pas suffisamment d'oignons pour sa consommation,
la route de l'« Oignon de Roscoff » était ouverte. Chaque année plus nombreux,
les paysans de Roscoff et des communes avoisinantes partaient traditionnellement
après le pardon de la Sainte Barbe (troisième lundi de juillet). Ils demeuraient
en Angleterre jusqu'au printemps suivant, tressant leurs oignons dans des
entrepôts pour les vendre ensuite au porte-à-porte, à pied tout d'abord puis à
vélo à partir des années 1920.
Le phénomène « Johnnies » (petit Jean), du surnom donné par les Britanniques aux
paysans de Roscoff marchands d'oignons ambulants, est unique en France par
l'ampleur de l'émigration saisonnière outre-Manche qu'il a provoquée. Au début
du xxe siècle, la production d'oignons exportée chaque année dépassait 7 000
tonnes et concernait plus de 1 200 Johnnies. Malgré la tragédie de l'Hilda en
1905, naufrage au cours duquel près de 80 Johnnies périrent en mer, puis
l'interruption des échanges due à la Première Guerre mondiale, ce commerce s'est
amplifié pour culminer en 1929, avec plus de 9 000 tonnes commercialisées par
près de 1 400 Johnnies. La crise économique des années 1930, la Deuxième Guerre
mondiale, la dévaluation de la livre et le protectionnisme anglais ont par la
suite conduit au déclin des transactions avec la Grande-Bretagne, mais à la fin
des années 1960 les quelque 200 Johnnies encore actifs exportaient encore plus
de 5 000 tonnes outre-Manche. Ce commerce s'est perpétué jusqu'à nos jours, même
s'il ne reste actuellement qu'une quinzaine de Johnnies en semi-activité pour un
volume exporté de quelques centaines de tonnes.
Fortement ébranlée par les crises légumières et par la concurrence des variétés
d'oignons jaunes hybrides de type « hollandais » dans les années 1980-1990, le
marché de l'« Oignon de Roscoff » se développe à nouveau depuis quelques années.
L'organisation économique des producteurs, le lancement commercial de petites
tresses ou « grappes » de 1 kg, et le regain d'intérêt des consommateurs pour ce
produit, notamment outre-Manche, ont permis un nouvel essor. La production
actuelle dépasse 3 000 tonnes, sur plus de 100 hectares.
L'« Oignon de Roscoff » a réussi à préserver sa notoriété grâce notamment à la
motivation de tous les acteurs de la production, à l'engagement des
collectivités locales et au dynamisme des associations qui défendent le
patrimoine breton. Créé depuis presque quinze ans, le Syndicat de l'appellation
d'origine contrôlée « Oignon de Roscoff », qui regroupe tous les opérateurs de
la filière, producteurs indépendants, coopérateurs, négociants, expéditeurs et
Johnnies, œuvre à promouvoir ce produit et s'efforce d'obtenir la reconnaissance
en AOC. La municipalité de Roscoff est également engagée dans ce projet : depuis
l'année 2003, toute la ville se pare au mois d'août de grappes d'oignons pour la
« Fête de l'oignon de Roscoff », organisée en point d'orgue des animations
estivales pour célébrer l'arrivée des oignons de l'année. Installée en plein
centre-ville de Roscoff, la « Maison des Johnnies et de l'oignon de Roscoff »
est tout à la fois un conservatoire, un musée ouvert au public et un lieu de
rencontre pour les membres des associations qui promeuvent l'histoire des
Johnnies (Association des Johnnies, Association Tug Ar Johnigen).
Enfin, la notoriété de l'« Oignon de Roscoff » doit beaucoup aux restaurateurs
et gastronomes qui le mettent à l'honneur. Le plus illustre d'entre eux étant
peut-être Alexandre Dumas, qui, lors de son séjour à Roscoff en août 1869, a
écrit la recette suivante : « Faites cuire des oignons sous la braise, dans des
cendres chaudes ; quand ils sont cuits, pelez-les proprement, mettez-les dans
une casserole et mouillez d'un coulis clair de veau et de jambon, laissez
mitonner, quand ils sont mitonnés, liez-les d'un peu de coulis. Vous pouvez y
mettre un peu de moutarde si vous voulez ; servez-vous de ce ragoût pour toutes
sortes d'entrées aux oignons » (extrait du Grand Dictionnaire de cuisine).
8.3. Lien causal entre l'aire géographique et les caractéristiques du produit
L'aire géographique de l'« Oignon de Roscoff » est définie essentiellement par
la combinaison d'un milieu naturel particulier, de systèmes agraires voués
traditionnellement aux productions légumières, et d'usages de production anciens
et constants d'oignons rosés, gages d'un savoir-faire partagé par une communauté
de producteurs.
Pour analyser ce qui lie cette aire géographique aux spécificités de l'« Oignon
de Roscoff », plusieurs perspectives peuvent être adoptées, qui toutes
concourent de façon complémentaire à légitimer les fondements de la délimitation
de l'« Oignon de Roscoff », et par conséquent les limites de l'aire géographique
proposée.
De par les caractéristiques qui la définissent, en termes de climat, de sols, de
tradition légumière et d'usages anciens de production d'oignons rosés, l'aire
géographique de l'« Oignon de Roscoff » influe fortement en bien sur les
caractéristiques intrinsèques des produits, le comportement agronomique des
cultures d'oignon, le savoir-faire développé dans la préparation finale des
oignons et par conséquent sur la qualité et la typicité des produits.
A. ― Facteurs génétiques
Les particularités de l'« Oignon de Roscoff », que ce soit son aspect (couleur,
forme, calibre), ses qualités organoleptiques (fruité, juteux, sucré, peu
piquant) ou sa capacité de conservation naturelle, dérivent pour partie des
caractéristiques génétiques spécifiques des variétés cultivées localement.
Grâce à une longue et patiente sélection des semences, résultat d'une sélection
plus que tricentenaire opérée par de nombreuses générations de producteurs au
sein même des exploitations, les variétés mises en œuvre aujourd'hui pour
produire l'« Oignon de Roscoff » constituent une population relativement stable
et homogène, bien définie et parfaitement adaptée aux conditions naturelles de
la région de Roscoff, dont le profil génétique a été amélioré progressivement au
profit de la qualité et de la typicité des produits.
La maîtrise du choix des oignons porte-graines, qui sont sélectionnés un par un
selon leurs caractères propres, est essentielle. Un savoir-faire spécifique est
nécessaire pour maîtriser ce choix des porte-graines sur leur typicité et leur
capacité de conservation (dormance), et l'obtention de semences qui présentent
de bonnes facultés germinatives. Les obtenteurs, tout en veillant à développer
les performances générales des semences (pouvoir germinatif, résistance aux
maladies et parasites, précocité de maturation, rendement, etc.), ont en effet
cherché la meilleure adéquation possible des variétés d'oignons avec les sols et
le climat local. Le milieu naturel de la région de Roscoff présente plusieurs
particularités, notamment un climat océanique exceptionnellement doux l'hiver et
tempéré l'été, et des sols profonds disposant d'une importante réserve en eau
utile. Ceci a conduit naturellement les sélectionneurs à privilégier les
variétés les mieux adaptées à ces conditions, souches précoces et peu exigeantes
en matière d'ensoleillement, mais relativement sensibles en contrepartie aux
excès de température ou aux déficits hydriques. L'aire géographique de l'«
Oignon de Roscoff », définie notamment par des facteurs naturels spécifiques
(climat, sols, altitude modérée, proximité de la mer), permet au produit
d'exprimer pleinement sa typicité. Ceci explique que les variétés cultivées en «
Oignon de Roscoff » n'aient pas connu de succès significatif dans d'autres
régions.
En sus des caractéristiques du milieu naturel, le savoir-faire a également
influé fortement sur le processus de sélection génétique. En effet, l'oignon est
une plante allogame ― qui nécessite par conséquent une fécondation croisée ― et
entomophile ― dont le pollen est donc transporté par les insectes butineurs. Le
maintien de la stabilité génétique de la population variétale requiert donc une
grande technicité, à la fois dans la sélection des oignons porte-graines, mais
aussi dans la maîtrise des fécondations afin d'éviter les contaminations. Un tel
savoir-faire ne peut être facilement transmis, il traduit nécessairement
l'héritage d'une longue tradition de production légumière ainsi qu'une pratique
ancienne de production d'oignons rosés.
L'aire géographique de l'« Oignon de Roscoff » est justement définie par sa
vocation légumière historique et une constance certaine des usages de
production. C'est dans cette aire que se trouvent à la fois les sols favorables,
le climat idoine et les compétences nécessaires pour maîtriser la génétique des
variétés. L'histoire de la production de l'« Oignon de Roscoff » montre que la
sélection variétale est restée l'apanage d'un petit groupe de producteurs, même
au plus fort de l'expansion de cette culture, lorsqu'elle s'est implantée dans
une soixantaine de communes du Léon au milieu du xxe siècle. La sélection
variétale est parfaitement contrôlée aujourd'hui par les producteurs de l'aire
géographique, soit via la production des semences par les agriculteurs, soit au
travers d'une structure collective mise en place pour ce faire. Ce mode
d'organisation collective autour de la maîtrise des caractéristiques génétiques
des variétés est une particularité de l'« Oignon de Roscoff ».
B. ― Facteurs agronomiques
L'expression de la typicité propre à l'« Oignon de Roscoff » nécessite que
l'oignon soit récolté à maturité optimale. Ceci passe par un peuplement
maîtrisé, une levée homogène, une croissance végétative régulière et modérée, un
bon état sanitaire des cultures, une bulbaison harmonieuse, une tombaison
régulière et un soulevage effectué au bon moment.
Comme pour toute culture de plein champ, les caractéristiques du lieu
d'implantation des oignons influent fondamentalement sur les paramètres de
fonctionnement que sont la vigueur des plants, le développement racinaire, la
précocité du cycle végétatif, la dynamique de maturation, le rendement, le
comportement sanitaire, etc. Outre le microclimat à l'échelle des îlots
culturaux, la configuration topographique des parcelles et leurs
caractéristiques pédologiques, la sélection des terrains destinés à la culture
des oignons rosés impose de considérer les précédents culturaux et le pH des
sols. Compte tenu des exigences particulières de la culture de l'« Oignon de
Roscoff », sachant que le recours à l'irrigation est interdit, et afin de
préserver la qualité et la typicité des produits, un savoir-faire particulier
s'est propagé dans l'aire géographique de l'« Oignon de Roscoff » en matière de
sélection, au sein de chaque exploitation, des parcelles les plus aptes à être
implantées en oignon rosé.
Les semences de l'« Oignon de Roscoff » germent lentement. Sitôt apparues, les
premières feuilles de l'« Oignon de Roscoff » sont très sensibles aux fortes
pluies, au gel ou au froid prolongé. Pour assurer une levée simultanée et un
peuplement homogène, le sol doit être bien ressuyé et afficher au minimum une
température de 8 à 10 °C au moment du semis. Plusieurs méthodes alternatives
pour la mise en culture ont été développées avec, dans les années 1970, la mise
au point du semis direct, puis, plus récemment, avec les techniques d'obtention
de plants en mottes de tourbe et de bulbilles. Le matériel agricole, notamment
les semoirs, a également dû évoluer pour s'adapter aux exigences spécifiques des
semences d'oignon. Un savoir technique bien spécifique est mis en œuvre par les
agriculteurs de l'aire géographique de l'« Oignon de Roscoff » pour préparer les
sols, choisir la date et la technique d'implantation des parcelles, et maîtriser
la densité des plantations, en tenant compte de la nature des terrains et des
conditions climatiques de l'année.
Quelle que soit la technique utilisée, la maîtrise du peuplement est essentielle
car une certaine compétition entre plantes est nécessaire pour la réussite de la
culture, notamment l'obtention d'une tombaison synchrone, d'une maturité
homogène et d'une régularité des calibres. Les hivers particulièrement doux et
raisonnablement pluvieux de la région de Roscoff permettent une mise en terre
précoce des cultures, les gelées étant rarissimes passé le mois de février. Les
producteurs légumiers de la zone de l'« Oignon de Roscoff » sont
particulièrement compétents pour orchestrer la sélection des parcelles, la
préparation des sols, le choix du mode de mise en terre et la date
d'implantation.
Sensible à la concurrence des mauvaises herbes et aux excès de fertilité du sol,
aux maladies et aux conditions météorologiques, la culture de l'« Oignon de
Roscoff » nécessite une grande vigilance et une bonne maîtrise des techniques de
production légumière tout au long de son cycle végétatif, et notamment dans le
suivi de la maturation des bulbes. En effet, un soulevage à bonne maturité est
la condition sine qua non pour garantir la qualité et la typicité des oignons.
Un savoir-faire particulier s'est développé dans l'observation du feuillage
après tombaison, en particulier l'appréciation du taux de dessèchement des
feuilles, afin de déterminer avec précision la date du soulevage.
Pendant sa phase de croissance végétative, la plante ne doit pas subir de stress
hydrique prolongé, son système racinaire se cantonnant principalement dans les
soixante premiers centimètres du sol. Dans l'aire de l'« Oignon de Roscoff », la
pluviométrie du printemps est modérée mais régulière. Les sols, caractérisés par
leur texture limoneuse à limono-sableuse et par leur profondeur, jouissent d'une
capacité de rétention en eau importante. Ces conditions naturelles garantissent
donc aux cultures un régime hydrique régulier et sans à-coup. Ceci permet de
s'affranchir de toute irrigation en année normale, ce qui est une particularité
tout à fait originale propre à l'« Oignon de Roscoff ».
La croissance des plants exige par ailleurs une bonne maîtrise des adventices
jusqu'au stade « 7-8 feuilles », d'autant que l'« Oignon de Roscoff », du fait
de son feuillage dressé, présente un faible coefficient de recouvrement du sol.
La végétation doit rester mesurée, car tout excès de vigueur augmente les
risques sanitaires liés à l'entassement du feuillage, retarde la maturité et
peut entraîner une tombaison anticipée des feuilles sous l'action mécanique de
leur poids. A ce stade, l'oignon redoute les pluies qui propagent les maladies
du feuillage. Mais les forts épisodes pluvio-orageux sont rares à Roscoff, et le
littoral breton bénéficie de vents marins qui assurent une bonne aération des
parcelles. Cependant, même dans ces conditions naturelles optimales, les
exigences agronomiques de l'« Oignon de Roscoff » nécessitent un suivi cultural
particulièrement attentif qui exige une parfaite maîtrise des techniques
agronomiques propres aux cultures légumières de plein champ.
Au stade « 7-8 feuilles » débute la bulbaison. Elle se poursuit jusqu'à la
maturité de l'oignon, précédée par la tombaison du feuillage due au
ramollissement des collets. Durant cette phase, l'« Oignon de Roscoff » est très
sensible aux fortes variations de températures. Il craint également les fortes
pluies qui pourraient provoquer l'éclatement des bulbes par une accumulation
d'eau trop rapide. Dans l'aire de l'« Oignon de Roscoff », les conditions
climatiques sont donc particulièrement favorables à la bulbaison, au vu des
températures modérées du printemps/été et de la faiblesse des amplitudes
thermiques diurne/nocturne. Elles garantissent le bon fonctionnement du
métabolisme, tout en permettant le renforcement des tuniques et le dessèchement
progressif du feuillage, gage d'une bonne tenue des queues, d'un tressage plus
facile et d'une longue conservation des bulbes. Quant aux sols, relativement
pauvres en argiles, ils conduisent à une conformation régulière ronde à ronde
aplatie des bulbes.
Sitôt que la maturité recherchée est atteinte, l'oignon doit être soulevé, afin
d'interrompre le grossissement et la dilution des arômes. Les caractéristiques
particulières de l'« Oignon de Roscoff », notamment sa capacité de dormance, sa
saveur sucrée et sa teinte rosée, sont fortement corrélées au stade de maturité
auquel l'oignon est soulevé. D'une manière générale, les oignons rosés doivent
être soulevés en légère sous-maturité physiologique, rapidement après la
tombaison des feuilles, avant que les deux tiers des feuilles ne soient sèches.
Le choix de la date de soulevage impose de connaître parfaitement le
comportement de l'oignon rosé en cours de maturation. Ce savoir-faire ne peut
être acquis qu'à la longue, héritage d'expériences accumulées par
plusieurs
générations de producteurs fidèles à cette culture. Ces compétences se
retrouvent de façon significative dans l'aire géographique de l'« Oignon de
Roscoff », définie par la pérennité d'une tradition légumière et l'antériorité
des usages de production d'oignons rosés.
C. ― Facteurs technologiques
Après soulevage, les oignons sont souvent soumis à un pré-séchage au champ avant
d'être ramassés. Ils craignent alors les fortes chaleurs, car celles-ci sont
sources de grillures et sont susceptibles de provoquer une levée de dormance
prématurée des oignons. L'« Oignon de Roscoff » redoute aussi les précipitations
abondantes, propagatrices de maladies et qui pourraient endommager les tuniques.
Ainsi, le climat tempéré océanique dont bénéficie l'aire géographique de l'«
Oignon de Roscoff » est très bien adapté.
Toutes les précautions doivent être prises au cours du soulevage, de la récolte,
du transport, du stockage et du conditionnement afin de respecter l'intégrité
des tuniques. Du fait d'un soulevage avant complète maturité, le taux de matière
sèche relativement faible fait que l'« Oignon de Roscoff » est sensible aux
chocs mécaniques. Rarement caillouteux, les sols de la région de Roscoff
présentent l'avantage de permettre un soulevage et une récolte mécanique des
oignons sans endommager leurs tuniques.
Après récolte et séchage, l'« Oignon de Roscoff » doit obligatoirement être trié
et préparé manuellement. Chaque oignon doit être pris en main, observé, soupesé,
tâté pour s'assurer de sa fermeté, l'absence de germe apparent est vérifié, les
résidus et les écailles externes mal fixées sont retirés, la queue est
raccourcie et coupée à la longueur souhaitée, les racines sont généralement
coupées et l'oignon est calibré. Cette manutention assure l'élimination des
oignons mal conformés ou qui ne correspondraient pas à la qualité et à la
typicité recherchées. Ce tri manuel requiert une parfaite connaissance du
produit, car il faut en particulier pouvoir détecter au toucher le moindre
défaut du bulbe, témoignant une levée prématurée de son pouvoir de dormance.
Cette opération requiert bien évidemment un savoir-faire particulier dans la
connaissance et l'appréciation du produit, exigence spécifique à l'« Oignon de
Roscoff » et dont les producteurs légumiers de l'aire géographique se sont fait
une spécialité. La technicité nécessaire ne peut être obtenue qu'après une
longue pratique de production d'oignons rosés. L'aire géographique, définie
notamment par la présence d'usages anciens et constants de production, garantit
la réalité du savoir-faire nécessaire à cette préparation des produits avant
expédition.
Le tressage, lorsqu'il a lieu, nécessite un tour de main spécifique qui s'est
développé dans la zone légumière de Roscoff. Dans tous les cas, les oignons
étant fragiles, ils doivent être conditionnés au plus près des sites de
production pour limiter leur manipulation et éviter ainsi la détérioration de
leur qualité. L'aire géographique renferme un tissu dense d'entreprises
spécialisées dans le conditionnement d'oignons et d'autres légumes.
Plus généralement, l'itinéraire technique de production de l'« Oignon de Roscoff
» est donc demeuré relativement traditionnel, quoiqu'il se soit adapté au fil du
temps au fur et à mesure des progrès de l'agriculture. Il requiert une haute
technicité spécifique à cette production, qui est demeurée l'apanage des
opérateurs légumiers des alentours de Roscoff et s'est transmise de génération
en génération. Ceci permet de distinguer significativement l'aire géographique
de l'« Oignon de Roscoff » des secteurs avoisinants, lesquels présentent tantôt
des facteurs naturels propices, tantôt un certain savoir-faire dans la
production de légumes, mais ne peuvent parvenir à maîtriser régulièrement la
culture de l'oignon rosé.
D. ― Facteurs commerciaux
La présentation, la notoriété et la bonne image dont jouit l'« Oignon de Roscoff
» sont également des caractéristiques propres à ce produit. Elles sont
redevables des flux d'échanges commerciaux mis en place au cours de l'histoire
et de l'engagement de l'ensemble des opérateurs de la région de Roscoff à
proposer un produit de qualité.
Ainsi, la situation géographique dont bénéficie l'aire de production de l'«
Oignon de Roscoff » n'est pas neutre quant à ses répercussions sur l'histoire du
produit. Positionnée sur un plateau tourné vers la Manche et dépourvu de tout
obstacle naturel, dotée de plusieurs ports de mer, cette région est depuis
toujours tournée vers le commerce maritime. Les origines de la culture de l'«
Oignon de Roscoff » sont d'ailleurs liées à la demande des marins envers cet
aliment de bonne tenue riche en vitamine C.
Le développement de l'« Oignon de Roscoff » est également redevable de la
proximité de l'Angleterre. L'agriculture britannique est depuis bien longtemps
déficitaire en cultures légumières, si bien que la Bretagne exporte des légumes
en Angleterre depuis le Moyen-Age. En ce qui concerne l'oignon, ce commerce
s'est surtout développé à partir du xixe siècle, avec l'émigration saisonnière
des Johnnies. Ce négoce a perduré, si bien qu'en 1972, suite à la création d'un
port en eau profonde à Roscoff, les producteurs légumiers réunis dans la Société
d'intérêt collectif agricole (SICA) de Saint-Pol-de-Léon ont fondé la Brittany
Ferries, société destinée à favoriser l'écoulement outre-Manche des légumes
produits dans le Léon. L'aire géographique de l'« Oignon de Roscoff », définie
notamment par son système agraire orienté traditionnellement vers la production
légumière, correspond bien à cette économie rurale qui a tissé depuis fort
longtemps des liens commerciaux avec la Grande-Bretagne voisine, échanges qui
sont pour beaucoup dans la notoriété du produit. La profonde entaille formée par
la rivière Penzé, et dans une moindre mesure par le Quillimadec, cours d'eau qui
constituent les limites est et ouest de l'aire géographique de l'« Oignon de
Roscoff », explique que les régions voisines n'aient pas partagé cette
dynamique.
Les caractéristiques du produit, analysées sous l'angle des facteurs commerciaux
à l'origine de sa réussite, sont donc liées étroitement à certaines spécificités
de l'aire géographique de l'« Oignon de Roscoff », comme ses caractéristiques
topographiques, son positionnement géographique, son histoire légumière et le
savoir-faire des producteurs hérité de plusieurs générations d'usages de
production.
9. Références concernant les structures de contrôle
Institut national de l'origine et de la qualité (INAO), 51, rue d'Anjou, 75008
Paris (téléphone : [33] 01-53-89-80-00, télécopie : [33] 01-42-25-57-97).
L'Institut national de l'origine et de la qualité est un établissement public à
caractère administratif, jouissant de la personnalité civile, sous tutelle du
ministère de l'agriculture, déclaré autorité compétente au sens du règlement
882-2004.
Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des
fraudes (DGCCRF), 59, boulevard Vincent-Auriol, 75703 Paris Cedex 13 (téléphone
: [33] 01-44-87-17, télécopie : [33] 01-44-97-30-37).
La DGCCRF est un service du ministère de l'économie, de l'industrie et de
l'emploi.
10. Eléments spécifiques de l'étiquetage
L'étiquetage de l'« Oignon de Roscoff » comporte :
― le nom : « Oignon de Roscoff » inscrit en caractères apparents, lisibles et
indélébiles. Les dimensions de ces caractères, aussi bien en largeur qu'en
hauteur, ne doivent pas être inférieures à celles des caractères de toute autre
mention figurant sur l'étiquetage ;
― le logo communautaire AOP, à proximité du nom de l'appellation sans mention
intermédiaire ;
― jusqu'à enregistrement communautaire, la mention « appellation d'origine
contrôlée », immédiatement en dessous du nom de l'appellation et sans mention
intermédiaire, et le logo « Appellation d'origine contrôlée » ;
― l'identification de l'unité de conditionnement.
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11. Exigences nationales
Principaux points à contrôler et méthode d'évaluation
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LIENS EXTERNES
LE SITE DES LEGUMES DE BRETAGNE: http://www.prince-de-bretagne.com
L'OFFICE DU TOURISME DE ROSCOFF: http://www.roscoff-tourisme.com/
LA VILLE DE ROSCOFF: http://www.roscoff.fr/
LE JARDIN EXOTIQUE DE ROSCOFF PERMIS PAR LA GOLF STREAM: http://www.jardinexotiqueroscoff.com/
contactez nous
par téléphone ou par e mail: